dimanche 13 novembre 2016

Charlot machiniste (Charles Chaplin, 1916)

Que se passe-t-il derrière l'écran, « behind the screen » comme le dit le titre original de Charlot machiniste sorti le 13 novembre 1916 ? On fabrique des films, tout simplement répond Charles Chaplin. Il joue l'assistant du chef décorateur, un type qui passe son temps à faire la sieste. Charlot lui apportera un coussin sur un diable pour qu'il repose ses pieds. Le chef donne ses ordres au machiniste. Il faut déplacer la colonne et la statue pour le film en costumes qui se tourne d'un côté du studio et ranger les chaises et le piano pour le film de gangsters qui se tourne en face. C'était l'époque des films à la chaîne que Chaplin a bien connu. En 1914, l'année de ses débuts au cinéma, il tournait un film par semaine, comme tous ses collègues, Mabel Normand, Harold Lloyd ou Fatty Harbuckle.

Une jeune femme (Edna Purviance) se verrait bien en actrice. Mais le patron du studio n'en veut pas. Il n'a pas de rôle pour elle. Peu importe, elle s'incruste et se déguise en garçon. Charlot la reconnaîtra malgré son habile déguisement et ils échangeront un baiser, sous le regard moqueur de son patron qui croit qu'il embrasse un homme. Il traversera le cadre en faisant des gestes efféminés, ce qui avec la corpulence massive de Eric Campbell fait un drôle d'effet. Charlot se vengera en envoyant plein de tartes à la crème sur le visage de son patron. C'est pour finir sur une note comique et burlesque simple et facile, comme un dernier sursaut d'un cinéma que Chaplin commence à abandonner. Il en moque la facilité et en accentue la cruauté.

Mais le film ne se contente pas de faire des gags faciles avec des lancers de tartes à la crème et des coups de pieds au cul. Charlot machiniste évoque les conditions des petits travailleurs dans l'industrie du cinéma. En mettant en scène son personnage qui n'a même pas de quoi se payer un sandwich (il est obligé de ronger l'os d'un collègue), il montre la précarité des employés. Il évoque également les grèves des travailleurs tout en dénonçant le caractère corporatiste des syndicats. Charlot, petit employé, est menacé d'exclusion s'il ne fait pas grève. Et évidemment, c'est son patron qui dirige la grève lui qui n'avait aucune considération pour Charlot et tient un double langage devant le boss du studio. Mais Charlot s'en fout de ce toin-toin, il veut retrouver la jeune femme, et c'est tout.

















Aucun commentaire: