lundi 22 août 2016

Eté japonais double suicide (Nagisa Oshima, 1967)

Tous les deux tournés en 1967, A propos des chansons paillardes au Japon se déroulait en hiver, était filmé en couleurs et s’intéressait à la libido masculine, Eté japonais : double suicide se passe en été, est en noir et blanc et met en scène une jeune femme (Keiko Sakurai) qui veut coucher avec tous les hommes qu’elle rencontre. L’ouverture du film pose immédiatement la ligne abstraite que Nagisa Oshima va désormais utiliser comme une expérimentation de ses récits et de sa mise en scène.

Cette femme apparaît comme coupée des autres. D’abord physiquement avec sa mèche colorée dans les cheveux, look improbable face aux employés qui nettoient les murs sans faire attention à elle, ensuite en demandant à un homme (Kei Sato) s’il veut bien coucher avec elle. Lui, habillé en treillis, veut trouver une personne qui accepterait de le tuer. Le jour est bien trouvé, les autorités annoncent qu’un tueur fou, un Américain, tire dans le tas. Nagisa Oshima continue de filmer une société malade qui ne cherche des solutions que dans la mort ou la force.

Le duo, particulièrement mal assorti, poursuit ses pérégrinations dans un Tokyo désert jusqu’à arriver dans une usine désaffectée. Une bande de malfrats y séjourné, prête à en découdre le lendemain matin avec une autre bande de malfrats. Leur comportement est paramilitaire et leurs mines sont patibulaires. Cela n’empêche pas la femme d’aller vers eux, d’encore une fois, demander de faire l’amour et l’homme de demander qu’on le tue. Dans une pièce, huit autres hommes accueillent l’homme suicidaire et la femme nymphomane.

Personne n’aura de nom dans Eté japonais : double suicide mais chacun aura une fonction précise. Celui habillé en moine est le plus sage, un adolescent en uniforme de lycéen veut tuer un homme, un tatoué, un réparateur de télévision. L’absence de psychologie crée du mystère sur la raison pour laquelle ces huit hommes sont présents là. Les discussions qu’ils ont ne tournent qu’autour de la rixe prévue le lendemain. La femme va s’apercevoir que les malfrats ont tous quitté les lieux, laissant la porte ouverte à encore d’autres questionnements.

Leur cloisonnement volontaire apparaît comme l’antichambre de la mort. Ils sont exclus de la société et leur unique lien avec le monde est une télé portative qui donne des nouvelles du tueur fou comme des malfrats. Assez vite, la folie gagne chacun des personnages, les vêtements quittent les corps des hommes au fur et à mesure que la femme couche avec eux. Une idée de la liberté surgit jusqu’au jeu de massacre qui arrive. On a l’impression de vivre une version pessimiste et nihiliste des 10 petits indiens où chacun va mourir, sans qu’on sache qui sera le dernier.
















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