mercredi 2 mars 2016

La Vie rêvée de Walter Mitty (Ben Stiller, 2013)

Entre chacun des cinq films réalisés par Ben Stiller, on trouve une un lien, parfois infime, qui les relie les uns avec les autres. Un extrait de télé-achat qui apparaît dans le générique de fin de Génération 90 est le même que celui que regarde Matthew Broderick sur sa télé dans Disjoncté. Une maquette pour un projet immobilier dans Disjoncté et dans Zoolander. Lance Bass, alors chanteur de NSYNC acclame Derek dans Zoolander puis accompagne Alpa Chino aux Oscar dans Tonnerre sous les tropiques. Une discussion sur les retardés au cinéma s'engage autour de Sean Penn dans Tonnerre sous les tropiques, Sean Penn est le personnage qui lance la quête de La Vie rêvée de Walter Mitty. Ces liens sont des petits effets de signature qui font de Ben Stiller l'un des auteurs les plus intéressants du cinéma américain.

Il est Walter Mitty, quadragénaire qui n'a jamais pu s'épanouir ailleurs qu'au travail. Il travaille au magazine Life. Le journal a été racheté, ce qui veut dire : licenciements, fin de l'édition papier et un nouveau directeur qu'incarne Adam Scott affublé d'une barbe et de deux bras droits aux sourires glaciaux comme leur plan social et arrogants comme l'ultra libéralisme. Walter y travaille depuis 16 ans, il est chargé des négatifs photos. C'est donc à lui qu'incombe la fonction de fournir la pellicule qui servira pour la dernière couverture du magazine. Sean O'Connell (Sean Penn qui se donne même pas la peine de jouer) a envoyé une pellicule que l'assistant de Walter met sur une planche, mais la photo qui doit couvrir le journal, la N°25 manque. Et quand le nouveau directeur, impatient et incompréhensif, croise Walter dans les couloirs, les escaliers et les ascenseurs pour réclamer la photo, Walter lui raconte des bobards.

Le souci pour notre héros, c'est que personne ne connaît Sean. Personne ne sait où il se trouve, où il habite, où il travaille. Quelques indices sont dissimulés ici ou là dans les autres clichés de Sean. Dans le reflet de la mer, Walter et son assistant découvrent le nom d'un bateau. Ce navire ancre au Groenland. Parce que Walter Mitty est un grand professionnel, parce qu'il n'a jamais remis en retard un négatif pour la couverture et malgré la pression du nouveau directeur, il va prendre l'avion, quitter New York pour les verts rivages de Groenland. L'aventure commence. Un chauffeur d'hélicoptère soûl, un requin qui menace de le croquer, un volcan qui entre en éruption, une traversée de l'Islande en skateboard. Et pour finir cette quête de la photo perdue, cet Indiana Jones en costume cravate va partir au fin fond de l’Himalaya pour retrouver Sean en Afghanistan.

Mais avant d'entreprendre ce voyage peu ordinaire, effectué en quelques jours, on avait découvert la vie très tranquille de Walter Mitty. Célibataire, il s'est inscrit sur une site de rencontres et s'est rendu compte qu'une de ses nouvelles collègues, Cheryl Melhoff (Kirsten Wiig) est également inscrite et disponible. Une vie terriblement banale filmé platement, mais que Walter rêve en grand format avec des aventures palpitantes. Il saute dans un immeuble pour sauver Cheryl d'une explosion, il répond vertement au nouveau directeur devant l'hilarité de ses collègues ou il imagine que Cheryl chante pour lui en Islande. Quand ces rêves sont finis, purs fantasmes du cerveau de Walter, on le retrouve dépité, un peu gêné que la réalité le submerge encore avec son ennui profond et sa routine infernale. Le récit pépère mais divertissant, cherche à se dynamiser avec ces incursions variées et amusantes mais qui peinent à faire décoller le film.

Le voyage de Walter Mitty se fait en solitaire. Certes, il reste en contact avec Cheryl et pense à son fils Richard à qui il rapporte un skateboard, il reçoit des appels de Todd (Patton Oswalt), l'homme au bout du fil du site de rencontres avec qui il discute souvent, dans un décalage de dialogues cocasses, avec sa mère (Shirley MacLaine) et sa sœur. Ben Stiller a choisi pour La Vie rêvée de Walter Mitty de ne plus donner la parole à ces fous furieux qui ont peuplé ses films précédents, et c'est quand même bien dommage. Walter n'est pas un crétin comme Zoolander ou Tugg Speedman. C'est un doux rêveur, un honnête travailleur pour qui la justice sociale est plus importante que tout le reste. Ainsi, si le film se termine par une jolie et émouvante scène où l'on découvre enfin quelle est cette photo de couverture, cette séquence suit une bonne dizaine de minutes de réconciliations familiales / retrouvailles amoureuses / leçon de vie à l'arrogant directeur. Ben Stiller était l'un des plus habiles manieurs d'ironie, il l'a oubliée préférant se rêver en nouveau Frank Capra dans un film un tantinet trop long, un chouia trop édifiant, un peu trop de bon goût qui voulait sans aucun doute aller à la pêche aux Oscars. C'est raté.














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