lundi 27 mars 2017

The Hi-Lo Country (Stephen Frears, 1998)

Nouveau Mexique, 1945, Pete Calder (Billy Crudup) prend son fusil, monte dans son truck, file vers l'église et attend que les paroissiens sortent. Billy, en voix off, dit qu'il a pour la première fois de sa vie l'intention de tuer. Mais tuer qui ? Là est toute la question de The Hi-Lo Country, unique western de Stephen Frears, dont le récit est un long et lent flash-back sur Pete. Western au beau milieu de nulle part, dans cette bourgade au nom en oxymore (haut-bas) dans le désert, avec ses rues vides et ses vastes prairies de vaches.

Tout commence avant guerre. Pete est un petit jeune qui galope fièrement sur son cheval sauf que son cheval ne l'entend pas de cette oreille et rue dans les brancards, jetant le cow-boy au sol. Plus loin, un autre gars attrape le canasson. C'est Big Boy Matson (Woody Harrelson). Les deux hommes sympathisent immédiatement mais c'est l'heure de la mobilisation et ils partent à la guerre. Big Boy laisse sa mère et son petit frère (pas si petit que ça quand même) surnommé tout simplement Little Boy (Cole Hauser) à la ferme.

Quand ils reviennent à Hi-Lo, tout a changé. Comme dans un film de Budd Boetticher, un potentat local a acquis de nombreuses terres du coin. Son ranch est le plus important et il embauche ceux à qui il a acheté les propriétés. Ce riche homme d'affaires, Jim Ed Love (Sam Elliott) est devenu le patron de Little Boy, ce qui met Big Boy dans une colère sourde. Il ne cessera jamais de critiquer le choix de son jeune frère et de l'humilier en public. Quand Love propose à Pete d'acheter ses terres, Big Boy coupe court les négociations pour travailler avec son ami et établir leur propre ranch.

Les affrontements capitalistes prennent un autre tour avec les rivalités amoureuses, tissant une toile où chacun devient la proie de l'autre.tout cela est étroitement lié. Au centre de toute les attentions, Mona (Patricia Arquette). Pendant la guerre, elle a épousé le falot Les Birk (John Diehl), le fidèle bras-droit de Jim Ed Love. Personne ne comprend pourquoi Mona s'est marié avec cet homme qui porte une moustache dont Big Boy se moque. Mona répond avec candeur « parce que tout le monde était parti ». Ce que l'on remarque, c'est que Mona porte un pantalon, ce qui en dit long sur son indépendance d'esprit.

Cette indépendance mène Mona à tromper Les. Pete cherche à la séduire, très timidement, sans jamais oser, il n'aime pas l'idée de l'adultère. Big Boy n'a pas ses scrupules, il se cache pour entretenir sa liaison avec Mona puis l'affirme ouvertement pour encore plus humilier Les et son patron. La scène à la station d'essence cristallise les haines. Pete trouve en Josepha (Penelope Cruz) une consolation à son dépit amoureux. Maintenant que Stephen Frears a posé tous les enjeux et les rivalités,manipule ses marionnettes pour répondre à la question initiale : qui Pete veut-il tuer ?




















samedi 25 mars 2017

Hyde and hare (Fritz Freleng, 1955)

Dans les années 1940, plusieurs courts-métrages d'animation parodiant Dr. Jekyll et Mister Hyde ont été produits. Daffy Duck dans The Impatient patient (1942), Tom et Jerry dans Dr. Jekyll and Mister Mouse (1947), Titi et Gros-minet dans Hyde et go tweet (1960) et Bugs Bunny, la star incontestée de Looney Tunes dans Hyde and hare (hare veut dire lièvre). Dans un parc où de vieilles dames donnent du pain au pigeon, Bugs Bunny attend impatiemment que son humain préféré lui apporte sa carotte quotidienne. Bugs Bunny regarde sa montre et enfin l'homme arrive, le lapin se met à quatre pattes pour approcher de son gain.

Parodiant sa propre réplique « what's up doc ? » (qu'il ne prononce pas pour une fois), Bugs Bunny appelle cet homme Doc. Ça tombe bien, l'homme en question est le débonnaire Dr. Jekyll comme l'enseigne le montre bien. Peau verte, yeux rouges, mains velues, bras ballant sur le parquet, ce Hyde armé d'une hache se met à la chasse au lapin dans toutes les pièces de son laboratoire. Evidemment, chaque fois, Bugs Bunny avec une bonne réplique et un bon gag échappe au monstre. Bug Bunny prend même le temps de jouer du Chopin au piano. Le lapin finira par boire la potion et se transformera en lapin vert et effraiera les vieilles dames du parc.

Hyde and hare est disponible en bonus sur le DVD Dr. Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian.













Dr. Jekyll et Mister Hyde (Victor Fleming, 1941)

En comparaison du film de Rouben Mamoulian, la version de Victor Fleming, l'auteur des guimauves que sont Autant en emporte le vent et Le Magicien d'Oz, est bien plus sage. Spencer Tracy prête ses traits aimables et apaisants au Dr Jekyll. Le film est avant tout une romance entre le médecin et sa fiancée, ici nommée Beatrix Emery (Lana Turner) dans l'Angleterre victorienne, une ère corsetée où l'on s’apprête à célébrer le jubilé de la Reine. Et à cette époque, on ne badinait pas avec la morale.

C'est sans doute pour cela que le premier décor de Dr. Jekyll et Mister Hyde est une église où un prêtre fait son prêche. Quand tout à coup, un homme se lève et commence à insulter tout le monde. Jekyll, stupéfait, se retourne pour observer cet homme. En tant que scientifique, il connaît bien l'opposition du Bien et du Mal, d'ailleurs dans son laboratoire il teste sa potion sur un lapin puis un rat. Le lapin devient agressif et le rat gentil (les scénaristes n'ont jamais dû attraper un lapin de leur vie).

Lors d'un dîner mondain avec sa fiancée et son futur beau-père, Jekyll parle de ses travaux. Il évoque l'ambivalence de l'âme humaine, explique que ce qui a rendu fou cet homme dans l'église n'est pas son âme noire mais un accident qui l'a rendu agressif. Le prêtre est là et fait remarquer que seul Dieu décide de qui a une bonne âme, d'autres convives conspuent les théories blasphématoires de Jekyll, ils trouvent son comportement scandaleux. La maîtresse de maison met fin aux discussions en demandant s'ils connaissent le poète Oscar Wilde.

Ce sera le seul moment d'ironie dans Dr. Jekyll et Mister Hyde, tout le reste est sérieux comme un pape. Pour ne pas imiter le film de Rouben Mamoulian, cette version distribue les deux actrices à contre emploi. La blonde Lana Turner est donc l'ingénue et pudibonde Muriel tandis que la brune Ingrid Bergman est Ivy la jeune serveuse du cabaret sur laquelle Hyde jette son dévolu. Cette fois aucun érotisme diffus dans les rapports entre Jekyll et Ivy, dans la scène des soins de la jambe, Ingrid Bergman garde pudiquement sa jupe, l'époque est au corsetage.

On a bien vu que Jekyll avait expérimenté, avec succès, sa potion sur les animaux. Pour filer encore la métaphore, Ivy dit régulièrement à Jekyll, à ses amies du cabaret que Hyde « n'est pas humain, que c'est une bête ». Spencer Tracy est moins grimé que Fredric March mais ce qui me frappe est que cet homme animal m'évoque le Pingouin qu'incarnait Danny De Vito dans Batman returns. Je n'avais jamais ce Dr. Jekyll et Mister Hyde, je n'aurais jamais pu faire le rapprochement, mais je pense que Tim Burton connaissait le film et lui rendait hommage dans sa galerie de monstres.