vendredi 26 mai 2017

Journey to the West : The demons strike back (Tsui Hark, 2017)

Stephen Chow, crédité comme scénariste et producteur, confie à Tsui Hark la réalisation de Journey into the West : The demons strike back. Quelle bonne idée que ces deux-là s'allient enfin. C'est une vraie fausse suite (des deux protagonistes du précédent voyage, seule Su Qi est mentionnée, elle apparaît avec des extraits de Journey to the West : conquering the demons et à la toute fin) avec comme héros le petit moine Tang (Kris Wu) qui voit ses rêves sans cesse confrontés à la réalité.

Dans ses rêves, le moine est un géant adoré par une peuplade de lilliputiens qui virevoltent autour de lui, qui le vénèrent. Le moine rêve être arrivé sur la terre natale de Bouddha et on lui offre une auréole pour sa sagesse. Quand il se réveille, il est confronté à une toute autre réalité, celle d'un cirque un peu minable, pleines de créatures difformes et monstrueuses. Tang n'est pas le géant il s'imagine être. Vêtu de haillons, maladroit et hésitant, il attend quelques spectateurs pour conter ses pérégrinations.

Deux spectatrices un peu revêches donnent deux pauvres pièces aux moines. De la même manière que le tocard dans Mermaid présentait son faux musée, Tang tire les rideaux pour découvrir ses trois compagnons de voyage. Trois monstres, trois animaux humains au tempérament volcanique. Pigsy (Yang Yeiwei), visage blanc pour masquer sa nature de cochon, Sandy (Mengke Bateer), l'homme poisson aux dents acérées et le Roi Singe (Lin Gengxin) capricieux et malicieux, il n'en fait qu'à sa tête.

Dans le rêve, il est leur maître, dans la réalité, ils font exactement que ce qu'ils veulent. C'est dans cette ambivalence, ces contradictions que le film de Tsui Hark glisse son humour. Le moine Tang a beau dire qu'ils ne sont pas des artistes de cirque mais des chasseurs de démon, les spectateurs s'attendent à des acrobaties. Le Roi Singe refuse d'obéir au moine de faire quelques cabrioles et s'en va détruire tout le campement, les roulottes valdinguent en l'air et s'écrasent sur les gens du cirque médusés, sous le sourire narquois du singe.

Quand le moine Tang pense avoir raison, le Roi Singe ne cesse de le contredire. Le premier est affable mais parfois sévère (il fouette le singe sans compassion mais regrette de devoir le faire), le second a des visions des démons. Tang, à la recherche d'eau, frappe à la porte d'une immense demeure, une splendide jeune femme (Claudia Wang) l'accueille et l'invite. Le spectateur a découvert dans la séquence précédente qu'elle est un démon sous forme d'araignée, là encore la réalité avance masquée.

Cette séquence bourrée d'effets spéciaux ultra colorés annonce le gros morceau du film, l'arrivée en Inde où Tang rêvait de se rendre. Il est reçu, en grande pompe, par la Ministre (Yao Chen) au rire constant. Son arrivée dans le film se fait sous le signe de la magie, donc du faux, mais un faux volontairement de pacotille qui ne cache pas ses effets, une magie sans effets spéciaux, bien au contraire, Tsui Hark montre tous les trucs avec une belle ironie, tels ces passants qui lèvent tout à coup des fleurs quand la Ministre a donné sa formule magique.

Tout cela mène au palais du Roi (Bao Beier), un souverain qui a transformé sa cour en cour de récréation, à la puérilité embarrassante. Encore une fois, le gentil moine ne décèle pas les démons que le Singe voit clairement, repérant tout ce qui se cache derrière les apparences. Quand le personnage de la concubine Felicity (Jelly Lin) est offerte par le Roi au moine, le Singe cherche à toute force à convaincre qu'elle est, elle aussi, un démon. Tous les talismans lui diront le contraire mais il n'en démordra pas.

Tsui Hark est ici dans sa veine grandiloquente, celle des deux Detective Dee, avec une touche d'excentricité Les combats sont tous numériques, plein de feux et de furie, de créatures biscornues, de Bouddhas géants, de Singe gigantesque (hommage à King Kong). Après un déluge d'effets spéciaux, de gags bon-enfants et de coups de théâtre narratifs fort roboratifs, Tsui Hark et Stephen Chow apparaissent dans une scène post générique, ils sont dans une salle de cinéma et invitent les spectateurs à partir en disant qu'il n'y a pas de scène post générique.



























jeudi 25 mai 2017

Anne Wiazemsky par Jean-Luc Godard

Le Redoutable a été présenté cette semaine en compétition au Festival de Cannes 2017. En discutant de la sélection cannoise avec des amis, l'un d'eux était persuadé que le film de Michel Hazanavicius était sur la relation entre Jean-Luc Godard et Anna Karina, forcément sa compagne la plus connue. Anne Wiazemsky, incarnée par Stacy Martin dans Le Redoutable, a tourné dans autant de films de Jean-Luc Godard qu'Anna Karina. La Chinoise (autour duquel s'axe Le Redoutable), Week-end, One + One, Le Vent d'est, Vladimir et Rosa, Luttes en Italie et Tout va bien sont loin d'être aussi fameux que Une femme est une femme, Pierrot le fou ou Alphaville. C'était la période politique de Godard, des films longtemps invisibles pas toujours faciles à regarder (c'est dans Le Vent d'est qu’apparaît, écrite sur un carton, la formule « ce n'est pas un film juste c'est juste un film ». A sa grande majorité, la critique française est tombée à bras raccourcis sur Michel Hazanavicius de la même manière qu'elle avait critiqué Maestro sur le tournage du dernier film d'Eric Rohmer. Le Redoutable ne sortira qu'en septembre prochain, en attendant voici quelques images d'Anne Wiazemsky dans les films de Jean-Luc Godard.
 
 
 
 
 
 
 
 
Avec ses amis étudiants, Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, Michel Semeniako, Omar Diop, Anne Wiazemsky, qui prend dans La Chinoise (1967) le prénom de Véronique – premier avatar des héroïnes godardiennes – part faire la révolution dans un appartement repeint aux couleurs du petit livre rouge de Mao Tsé-toung, La Chinoise est un chef d’œuvre du pop-art.

Elle ne fait qu'une courte apparition dans Week-end (1967) dans un travelling circulaire situé dans une ferme.
 
La majorité de One + One (1968) est consacrée à la répétition du morceau Sympathy for the devil des Rolling Stones, d'autres partie mettent en scène les luttes pour les droits civils des Noirs américains, Anne Wiazemsky est dans la partie mise en abyme du cinéma, filmée par des caméras et finissant le film écroulée dans une grue.
 
 
 
 
Le Vent d'est (1969), co-écrit et joué par Daniel Cohn-Bendit, c'est la révolution post mai 1968 à la campagne.
 
Avec le groupe Dziga Vertov, Godard part dans l'Europe filmer sa « révolution » en 1970, Grande Bretagne (British sounds), France (Le Vent d'est), Tchécoslovaquie (Pravda), Palestine (Ici et ailleurs) et l'Italie (Luttes en Italie) où Anne Wiazemsky joue une petite vendeuse de vêtements convertie par la lutte des classes.
 
 
 
Cocasserie suprême, Vladimir et Rosa (1971) fait le procès de Lénine et Rosa Luxembourg, tandis que Godard avec un accent suisse à couper au couteau vient taquiner des joueurs de tennis. Comme le dit bien ce plan avec Yves Afonso, « faire la révolution c'est regarder dans deux directions opposées ».
Elle n’apparaît que fugacement dans Tout va bien (1972) dans la séquence de fin, la mise à sac d'un supermarché avant la répression par les CRS, un long travelling latéral en aller et retour.